mardi 25 mai 2010

Un mammuth rempli de grâce


L'expérience est intéressante, l'alchimie formidable.
Prenez donc des corps fatigués, lourds et pas toujours très propres, un décor charentais désenchanteur, donnez voix à la médiocrité tout azimut (du fonctionnaire lubrique à la secrétaire rigide ), aux sentiments les moins nobles et faites-en surgir la grâce, la poésie et une liberté folle.

Ne vous y trompez pas, Mammuth n'est pas un grand film, il souffre de défauts tels que la facilité et la caricature de certaines scènes (et notamment celle du restaurant) et la relative faiblesse du scénario.

Néanmoins, il recèle de vraies trouvailles, de personnages hauts en couleur et une grande vitalité.

Tachons d'en trouver la recette exacte :

Premier ingrédient indispensable : deux acteurs au meilleur de leur forme.



Yolande Moreau est une actrice épatante et elle livre ici une très belle partition. Qu'elle se pare de tendresse ou de la cruauté ordinaire mais néanmoins féroce , elle est bouleversante.
Elle forme avec Depardieu un couple très crédible jusque dans les reproches gracieux de rabattage de lunettes de toilettes mais surtout par le grand attachement qu'on lit dans leurs gestes et leurs regards.
Un mot encore sur ce beau morceau de charcutier à la retraite qu'est Gérard Depardieu : il est une dichotomie physique; plus il est gros, gras et chevelu, plus il est délicat et gracieux. Il donne à ce personnage très banal une chair faite d'intelligence, d'humour et d'aplomb.

Deuxième ingrédient : des idées formidables

La première bonne idée c'était de mettre en couple ces deux acteurs, mais ce n'est pas la seule. Ce film met avant tout en lumière des gens que l'on ne voit pas au cinéma : les gens de peu, la faune triste des restos routiers, des hôtels premiers prix, les caissières de supermarché, les boîtes de nuit en plein jour...
Et puis il y a des moments de génie comme la scène du pot de départ réalisée avec des vrais ouvriers de l'usine de charcuterie : un vrai moment comique mais aussi désespérant vu par dessus l'épaule jamais courbée du héros.
Il y a également la rencontre du retraité avec sa nièce, complètement barrée qui quand elle ne rate pas des entretiens d'embauche devant des recruteurs libidineux s'adonne à sa passion : la création artistique avec des jouets démantibulés, décortiqués, torturés. Cette relation trouve son sommet lors d'une scène aquatique la plus belle du film, la plus poétique et la plus visuelle.
La dernière très bonne idée du film c'est de lui avoir donné des allures de road-movie mais à petite vitesse, Depardieu n'est jamais aussi beau que planté sur sa moto, silhouette massive se découpant sur la campagne charentaise.



Troisième ingrédient : un scénario aux résonances particulières
Les réalisateurs ne l'avaient sûrement pas prévu mais leur histoire d'un nouveau retraité qui part collecter ses "pap'lars" afin de mettre au point son dossier de retraite trouve un écho tout particulier dans l'actualité, donne voix et corps à un problème qui ne se voudrait que politique.

Quatrième et dernier ingrédient : une bande-son savoureuse
Kervern et Délépine n'en sont pas à leur première collaboration avec Gaëtan Roussel (l'ex Louise Attaque, l'ex Tarmac), mais celle-ci est particulièrement réussie. Les mélodies viennent se poser sur les images, mais ne sont jamais redondantes, ni forcées; elles forment au contraire leur itinéraire particulier dans le film, chemin parallèle à celui accompli par le héros, fil rouge de cette quête ordinaire d'un être qui ne l'est pas.


Il reste des petites choses sans saveur particulière et qui n'entrent en rien dans l'alchimie, dans la réussite du film : une icône du cinéma à la performance et au rôle oubliables (Isabelle Adjani), une vengeance qui tourne court (pourquoi vouloir rendre Yolande Moreau ridicule ?) et une montée lacrymale collective insensée (la fameuse scène du resto routier).

Rien cependant qui doit vous empêcher de tenter l'expérience !

vendredi 14 mai 2010

Come back la mélancolie, la douceur.

Camille Jourdy a été primée cette année à Angoulême pour le troisième opus de sa trilogie Rosalie Blum. J'ai découvert l'ambiance intimiste et loufoque qui émane de sa plume et de son pinceau grâce à la belle note de Patoumi. Puis Marie m'a fait ce beau cadeau.Les personnages que l'on croise au fil des pages et des trois tomes sont touchants de fragilité; ils se dévoilent peu à peu selon qu'ils sont les voyeurs ou les observés, les acteurs ou les spectateurs. J'ai aimé me promener dans ces pages au style un peu désuet, aux couleurs douces et y revenir souvent pour savourer les mille détails amusants, les expressions justes et étonnamment vivantes de cette foule de personnages.Il y a dans Rosalie Blum un contraste frappant entre l'apparence banale, ennuyeuse des personnages, à l'image de leur petite ville de province, et leurs imaginaires, leurs fantasmes, leurs aspirations saugrenues. Cette ambivalence m'a particulièrement touchée car j'y ai vu mon propre "jonglage" permanent entre ce qu'il faut être ou sembler être et ce qu'on aspire à être, à vivre en vrai (ce n'ai pas très clair, aussi j'espère que vous me suivez). Parfois seulement, les personnages de Rosalie Blum s'autorisent la bascule totale vers le n'importe quoi, tandis que d'autres gravitent uniquement à la marge de la raison ou de la société.Il s'agit aussi de l'ambivalence entre solitude et rapports familiaux et amicaux. Alors que la solitude frustre et entrave Vincent et Rosalie, elle ouvre l'imagination et les barrières mentales de la mère de Vincent. A contrario, Kolok a besoin de ses "muses" callipyges et dodues pour laisser libre cours à sa créativité. Si les rapports familiaux sont oppressants, voire délétères dans Rosalie Blum, le salut se trouve dans l'amitié. Amis avec lesquels les personnages se fondent une nouvelle famille, gaie, colorée, sincère.

Le trio d'amies autour d'Aude m'a tout particulièrement touchée. Voilà comment trois personnes aux horizons différents parviennent à s'enrichir, se compléter, se stimuler. Ce trio raconte qu'il est possible de se construire, de grandir et se révéler grâce aux idées tordues, aux moments silencieux, aux bouderies, aux accords parfaits, aux désaccords fracassants, à la solidarité intangible, aux coups dans le nez, à la pudeur et à la tendresse qui fondent l'amitié.

Pour perpétuer l'atmosphère cosy et la délicate mélancolie qui plane encore après avoir refermé le troisième tome, vous pourrez préparer un clafoutis aux mirabelles (ou aux cerises!) et siroter un thé légèrement fumé en pensant aux amis qui sont loin, à la famille qui, aussi folle soit elle, vous manque.


Clafoutis aux mirabelles
(recette plus qu'inspirée et entièrement adoptée de la Mangue)500g de mirabelles au sirop (ou de cerises donc)
250g de faisselle (0% ça marche aussi)
3 œufs
80g de farine
70g d'amandes (ou de poudre d 'amandes)
100g de sucre blond
3 càs de kirch (n'y dérogez pas je vous assure)
1 cc de jus de citron

Préchauffer le four à 190 °C.
Graisser un plat à four avec du beurre.
Séparer les blancs et les jaunes.
Faites blanchir les jaunes avec le sucre.
Ajouter le kirsch, la faisselle, la farine, et les amandes (réduites en poudre dans votre mixmix) en mélangeant bien entre chaque ingrédient.
Monter les blancs en neige ferme avec le jus de citron, et une pincée de sel.
Incorporer les blancs à la pâte.
Verser dans le plat et recouvrir avec les fruits.
Enfourner environ 50 minutes. Ça va gonfler comme un coussin, et sentir bon dans la maison.