dimanche 10 octobre 2010

Sur la route de Moriarty



Un samedi après-midi vous cédez à une impulsion et vous vous retrouvez quelques semaines plus tard à Soustons, sous la pluie, sans savoir bien à quoi vous attendre.
Le décor sommaire est déjà planté (un simple drap blanc suspendu), la salle remplie, la scène truffée de bric à brac divers (de la télévision vintage à la guitare bricolée sans oublier le seau à lait défoncé).
Les lumières s'éteignent en réponse à un signal des moins discrets et voilà le groupe ou plutôt la troupe qui entre ; troupe parce que dans cette famille là les personnages semblent bien définis (même si parfois à la limite de la caricature).
Nous trouvons d'abord la madone, Rosemary la chanteuse, qui capte bien malgré elle toute la lumière sur son doux visage et qui envoûte de sa voix très maîtrisée.
Ensuite accapare le regard tel un trublion un rouquin aussitôt surnommé "Chien fou" qui lance des regards exaltés à la foule, fait des lancements tantôt douteux tantôt bien sentis. C'est le fou qui oscille entre grâce et ridicule.
Pas très loin, tangue un héron aux longues jambes qui accompagne chaque accord de guitare de mouvements très audacieux des hanches. Malgré cette gestuelle quelque peu parasitante, il a une présence indéniable, un enthousiasme communicatif et cette générosité qui fait un peu défaut aux autres.
Pour faire face à cette chorégraphie marine, l'autre guitariste est lui solidement planté sur ses jambes, force tranquille du groupe, une figure presque paternelle.
Arrive enfin le bon élève un peu autiste (Agnan croisé avec Sheldon de The big bang theory ou Rain man), l'harmoniciste talentueux et virtuose qui n'adressera pas un regard ni une parole au public avant le rappel où il se révélera plein d'humour et d'ironie (il ne se remettra pas du nom de la salle de spectacle de Soustons appelée salle Roger Hanin).
Derrière et bien à part (d'ailleurs il ne fait pas à proprement parler de la famille mais vient jouer sur les tournées) trône le batteur qui pourrait incarner à merveille le stéréotype du bûcheron canadien.
Cette troupe bigarrée au talent indéniable a produit hier soir un concert pas toujours rôdé (à leur décharge c'était leur troisième date) qui manque d'un vrai souffle, d'une vraie générosité et peut être d'un vrai investissement scénique. Le concert s'emballe lors des moments trop rares où la chanteuse se lâche et où les musiciens se lancent dans des ponts musicaux formidables.

Mais en sachant que cette tournée est un préalable à l'enregistrement de leur second album, on ne peut que souhaiter que cette vie sur les routes qui nourrit tant de leurs textes insufflera un peu plus de vie aux morceaux et mettra en orbite leur musique.

Pour plus de renseignements sur le groupe ou sur les dates de leur tournée http://www.myspace.com/moriartylands

mardi 25 mai 2010

Un mammuth rempli de grâce


L'expérience est intéressante, l'alchimie formidable.
Prenez donc des corps fatigués, lourds et pas toujours très propres, un décor charentais désenchanteur, donnez voix à la médiocrité tout azimut (du fonctionnaire lubrique à la secrétaire rigide ), aux sentiments les moins nobles et faites-en surgir la grâce, la poésie et une liberté folle.

Ne vous y trompez pas, Mammuth n'est pas un grand film, il souffre de défauts tels que la facilité et la caricature de certaines scènes (et notamment celle du restaurant) et la relative faiblesse du scénario.

Néanmoins, il recèle de vraies trouvailles, de personnages hauts en couleur et une grande vitalité.

Tachons d'en trouver la recette exacte :

Premier ingrédient indispensable : deux acteurs au meilleur de leur forme.



Yolande Moreau est une actrice épatante et elle livre ici une très belle partition. Qu'elle se pare de tendresse ou de la cruauté ordinaire mais néanmoins féroce , elle est bouleversante.
Elle forme avec Depardieu un couple très crédible jusque dans les reproches gracieux de rabattage de lunettes de toilettes mais surtout par le grand attachement qu'on lit dans leurs gestes et leurs regards.
Un mot encore sur ce beau morceau de charcutier à la retraite qu'est Gérard Depardieu : il est une dichotomie physique; plus il est gros, gras et chevelu, plus il est délicat et gracieux. Il donne à ce personnage très banal une chair faite d'intelligence, d'humour et d'aplomb.

Deuxième ingrédient : des idées formidables

La première bonne idée c'était de mettre en couple ces deux acteurs, mais ce n'est pas la seule. Ce film met avant tout en lumière des gens que l'on ne voit pas au cinéma : les gens de peu, la faune triste des restos routiers, des hôtels premiers prix, les caissières de supermarché, les boîtes de nuit en plein jour...
Et puis il y a des moments de génie comme la scène du pot de départ réalisée avec des vrais ouvriers de l'usine de charcuterie : un vrai moment comique mais aussi désespérant vu par dessus l'épaule jamais courbée du héros.
Il y a également la rencontre du retraité avec sa nièce, complètement barrée qui quand elle ne rate pas des entretiens d'embauche devant des recruteurs libidineux s'adonne à sa passion : la création artistique avec des jouets démantibulés, décortiqués, torturés. Cette relation trouve son sommet lors d'une scène aquatique la plus belle du film, la plus poétique et la plus visuelle.
La dernière très bonne idée du film c'est de lui avoir donné des allures de road-movie mais à petite vitesse, Depardieu n'est jamais aussi beau que planté sur sa moto, silhouette massive se découpant sur la campagne charentaise.



Troisième ingrédient : un scénario aux résonances particulières
Les réalisateurs ne l'avaient sûrement pas prévu mais leur histoire d'un nouveau retraité qui part collecter ses "pap'lars" afin de mettre au point son dossier de retraite trouve un écho tout particulier dans l'actualité, donne voix et corps à un problème qui ne se voudrait que politique.

Quatrième et dernier ingrédient : une bande-son savoureuse
Kervern et Délépine n'en sont pas à leur première collaboration avec Gaëtan Roussel (l'ex Louise Attaque, l'ex Tarmac), mais celle-ci est particulièrement réussie. Les mélodies viennent se poser sur les images, mais ne sont jamais redondantes, ni forcées; elles forment au contraire leur itinéraire particulier dans le film, chemin parallèle à celui accompli par le héros, fil rouge de cette quête ordinaire d'un être qui ne l'est pas.


Il reste des petites choses sans saveur particulière et qui n'entrent en rien dans l'alchimie, dans la réussite du film : une icône du cinéma à la performance et au rôle oubliables (Isabelle Adjani), une vengeance qui tourne court (pourquoi vouloir rendre Yolande Moreau ridicule ?) et une montée lacrymale collective insensée (la fameuse scène du resto routier).

Rien cependant qui doit vous empêcher de tenter l'expérience !

vendredi 14 mai 2010

Come back la mélancolie, la douceur.

Camille Jourdy a été primée cette année à Angoulême pour le troisième opus de sa trilogie Rosalie Blum. J'ai découvert l'ambiance intimiste et loufoque qui émane de sa plume et de son pinceau grâce à la belle note de Patoumi. Puis Marie m'a fait ce beau cadeau.Les personnages que l'on croise au fil des pages et des trois tomes sont touchants de fragilité; ils se dévoilent peu à peu selon qu'ils sont les voyeurs ou les observés, les acteurs ou les spectateurs. J'ai aimé me promener dans ces pages au style un peu désuet, aux couleurs douces et y revenir souvent pour savourer les mille détails amusants, les expressions justes et étonnamment vivantes de cette foule de personnages.Il y a dans Rosalie Blum un contraste frappant entre l'apparence banale, ennuyeuse des personnages, à l'image de leur petite ville de province, et leurs imaginaires, leurs fantasmes, leurs aspirations saugrenues. Cette ambivalence m'a particulièrement touchée car j'y ai vu mon propre "jonglage" permanent entre ce qu'il faut être ou sembler être et ce qu'on aspire à être, à vivre en vrai (ce n'ai pas très clair, aussi j'espère que vous me suivez). Parfois seulement, les personnages de Rosalie Blum s'autorisent la bascule totale vers le n'importe quoi, tandis que d'autres gravitent uniquement à la marge de la raison ou de la société.Il s'agit aussi de l'ambivalence entre solitude et rapports familiaux et amicaux. Alors que la solitude frustre et entrave Vincent et Rosalie, elle ouvre l'imagination et les barrières mentales de la mère de Vincent. A contrario, Kolok a besoin de ses "muses" callipyges et dodues pour laisser libre cours à sa créativité. Si les rapports familiaux sont oppressants, voire délétères dans Rosalie Blum, le salut se trouve dans l'amitié. Amis avec lesquels les personnages se fondent une nouvelle famille, gaie, colorée, sincère.

Le trio d'amies autour d'Aude m'a tout particulièrement touchée. Voilà comment trois personnes aux horizons différents parviennent à s'enrichir, se compléter, se stimuler. Ce trio raconte qu'il est possible de se construire, de grandir et se révéler grâce aux idées tordues, aux moments silencieux, aux bouderies, aux accords parfaits, aux désaccords fracassants, à la solidarité intangible, aux coups dans le nez, à la pudeur et à la tendresse qui fondent l'amitié.

Pour perpétuer l'atmosphère cosy et la délicate mélancolie qui plane encore après avoir refermé le troisième tome, vous pourrez préparer un clafoutis aux mirabelles (ou aux cerises!) et siroter un thé légèrement fumé en pensant aux amis qui sont loin, à la famille qui, aussi folle soit elle, vous manque.


Clafoutis aux mirabelles
(recette plus qu'inspirée et entièrement adoptée de la Mangue)500g de mirabelles au sirop (ou de cerises donc)
250g de faisselle (0% ça marche aussi)
3 œufs
80g de farine
70g d'amandes (ou de poudre d 'amandes)
100g de sucre blond
3 càs de kirch (n'y dérogez pas je vous assure)
1 cc de jus de citron

Préchauffer le four à 190 °C.
Graisser un plat à four avec du beurre.
Séparer les blancs et les jaunes.
Faites blanchir les jaunes avec le sucre.
Ajouter le kirsch, la faisselle, la farine, et les amandes (réduites en poudre dans votre mixmix) en mélangeant bien entre chaque ingrédient.
Monter les blancs en neige ferme avec le jus de citron, et une pincée de sel.
Incorporer les blancs à la pâte.
Verser dans le plat et recouvrir avec les fruits.
Enfourner environ 50 minutes. Ça va gonfler comme un coussin, et sentir bon dans la maison.

vendredi 9 avril 2010

Itinéraire d'un enfant doué

Acte 1 : La naissance
Benjamin Biolay sort Rose Kennedy, rafle un succès d'estime et une victoire de la Musique.

Acte 2 : L'étincelle
Il écrit Négatif, chef d'oeuvre noir, troublant objet aux chants intrigants et entêtants. L'homme sur scène n'est pas très bon et a une gestuelle bien à lui mais le succès est là.

Acte 3 : La dolce vita
Paraît Home, création à quatre mains avec Chiara Mastroianni, un petit délice à écouter sur les routes, mais un échec commercial (malgré un mystérieux partenariat avec La Redoute).

Acte 4 : Les temps difficiles
Benjamin Biolay multiplie les affronts tant au niveau capillaire qu'à propos de ses collègues chanteurs (Bénabar et consorts ont pris cher mais comment vraiment lui en vouloir ? ). Il cultive autour de lui un joli parfum de soufre, publie A l'origine et Trash Yéyé.

Acte 5 : La consécration
Octobre 2009, La superbe arrive dans les bacs et réconcilie fans de la première heure et détracteurs, amateurs et initiés, Biolay et le succès.


Alors bien sûr, tout le monde a aimé, en a parlé, mais vraiment pour moi ce disque est un petit joyau.
Voici donc quelques arguments encore, cinq raisons nouvelles pour partir à la découverte de l' album.

Avec La superbe, vous pourrez :
1) Découvrir Valérie Donzelli dans "15 août". La réalisatrice et actrice du surprenant et coquin "La reine des pommes" fait la lecture délicate de la lettre de rupture.
2) Cultiver votre complexe d'Oedipe avec "Ton héritage".
3) Rendre hommage à votre électroménager, témoin silencieux et impuissant de nos vies dans "Brandt Rhapsodie".
4) Découvrir la poésie des noms de marques d'alcool et de médicaments, remèdes à la mélancolie, avec le plus beau d'entre tous, "le chasse-spleen un soir d'hiver".
5) Dire adieu avec "15 septembre" à une histoire d'amour que l'on n'aura pas vécue, juste effleurée.

Bonne écoute !

samedi 3 avril 2010

Les larmes de tarzan, ... et les patates à l'eau

[Un grand merci à Mathilde, c'est grâce à elle que j'ai pu dévorer ce livre. Si elle n'avait pas fait sa mamie quand elle est venue à Metz, je n'aurais pas pu m'adonner à cette lecture nocturne fébrile.]

Les larmes de Tarzan, c'est la rencontre fracassante entre Mariana et Janne.


Une femme mûre en slip panthère, aux "seins en oreilles de basset" et à l'allure peu soignée entre en collision avec un homme et le propulse à terre. Lors de ce choc, de cette rencontre, le nom de "Tarzan" s'impose mentalement à Janne. Leur histoire ne pouvait commencer autrement.

Voilà le genre de roman que vous achetez un peu parce que l'édition vous plait, beaucoup parce que vous trouvez le titre amusant, décalé... Et qui, sans prévenir, termine au palmarès de vos bonnes lectures du moment. Très bonne lecture même.

Le fait est que quand vous en lisez la première page, ça y est vous êtes mordus. Cette histoire tient en haleine, et c'est déjà beaucoup.

[Quand je dis que ça tient en haleine, j'ai conscience qu'on peut dire cela de pas mal de romans, y compris de fort mal écrits. Par exemple, Millénium, dont il sera question dans un billet à venir en mai. Wouah comme je sais trop vous tenir en haleine là! Revenons à nos moutons suédois... Oui, il est aussi suédois le bouquin, en dépit de ce que laisse supposer le nom de l'auteur (Katarina Mazetti)... Les larmes de Tarzan, n'est pas Millénium.]

Elle est pauvre, mère de deux enfants, et célibataire de fait - son mari s'est enfui, même s'il n'est pas tout à fait absent. Lui, Janne, est plein aux as et ne trouve pas de moyen satisfaisant et efficace pour dépenser son fric, ni de femme dont il soit tombé amoureux.

Thème rebattu de néo-Cendrillon, pourrait-on penser. Et pourtant c'est avec beaucoup de finesse, de gaieté que sont dépeints le quotidien affabulé de Mariana, ses bouts de ficelles pour s'en sortir, et la lassitude de Janne, et sa quête de sens.

Très beaux les passages narratifs de Bella, quand elle prend la plume, vous vous rendez compte que les efforts de Mariana pour endimancher un quotidien gris ne sont pas vains.

Et au terme de cette lecture, pas de menu somptueux, vous en conviendrez, mais un jeu d'appartement pour faire oublier aux enfants qu'ils ont faim quand les placards sont vides, ou - moins pathétique - quand vous avez la connerie comme Dav et moi l'autre soir.

Le frisbee d'appartement:
Deux joueurs ou plus

Pour tout matériel, il vous suffit d'utiliser des maniques rondes comme celles-là.
A mon avis, deux bérets, deux napperons au crochet de mémé, ou deux galettes de sarrasin* très rassies feront l'affaire.
Alors vous vous mettez aux points les plus éloignés de votre appartement, chaque joueur tenant une manique, et zou, la partie peut commencer!
(Heu vous connaissez le frisbee? Ben c'est pareil, mais pour corser le truc chaque joueur l'envoie simultanément à l'adversaire.)
On n'a même pas cassé l'orchidée, on a bien rit.
Si vous avez une bête à poils agile et joueuse ça peut encore ajouter en difficulté... Ou dans le noir avec des gilets fluorescents et des lampes frontales, ou ...

Et vous, quels sont vos jeux d'appartement? Ou vos jeux de quand vous avez la connerie?

* Remarquez ça peut constituer un repas ça...